Donald Trump s’apprête à prendre, ce vendredi 29 mai 2026, une « décision finale » sur un possible accord avec l’Iran. L’information, confirmée par plusieurs médias, évoque un texte qui prévoirait notamment la réouverture du détroit d’Ormuz et la reprise des exportations de pétrole iranien. Sur le papier, une bonne nouvelle pour la stabilité mondiale. En pratique, un soulagement pour les marchés. Mais pour la France, cette séquence est surtout le révélateur d’une diplomatie qui coûte cher et ne rapporte rien.

Car pendant que les grandes puissances négocient, la facture, elle, court toujours. Selon les derniers chiffres disponibles de la Cour des comptes, les opérations extérieures françaises — notamment dans la région — ont représenté un surcoût annuel de 1,2 milliard d’euros par rapport aux crédits budgétaires initiaux en 2024. La participation aux frappes en Irak et en Syrie, le déploiement naval en Méditerranée orientale, les missions de renseignement : tout cela pèse lourd. Et la perspective d’un accord ne rembourse rien.

Une crise payée par les impôts, pilotée par d’autres

Le Quai d’Orsay salue traditionnellement le retour de la diplomatie. Mais cette posture vertueuse masque une réalité : la France n’est que spectatrice. Ce sont les États-Unis qui décident, l’Iran qui corrige, et les Européens qui regardent. La France n’a obtenu aucune levée de sanctions, aucune concession commerciale, aucune garantie stratégique en échange de sa participation militaire et diplomatique. Elle a dépensé sans condition.

Le projet de loi de finances pour 2025 le confirme : la mission « Défense » absorbe déjà plus de 47 milliards d’euros, hors pensions. Les surcoûts opérationnels (OPEX) sont systématiquement sous-budgétés, puis régularisés en loi de finances rectificative. Le contribuable avance l’argent, sans jamais savoir pour quoi, ni jusqu’à quand. Un maire d’une commune du Var, sollicité sur l’état de ses équipements publics, résume l’amertume ambiante : « On nous dit qu’il faut se serrer la ceinture pour les écoles, mais pour les frégates au large d’Ormuz, il y a toujours un chèque. »

La souveraineté énergétique, toujours absente

Le détroit d’Ormuz concentre à lui seul près d’un tiers du trafic pétrolier maritime mondial. Sa fermeture partielle, ces derniers mois, a fait grimper le prix du baril de 12 % en mars 2026, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie. La France, qui importe encore plus de 40 % de son pétrole de zones sensibles, subit de plein fouet ces chocs exogènes. Et pourtant, le débat sur l’indépendance énergétique française reste anémique.

La solution la plus fiable est sous nos yeux : le nucléaire, seul capable de produire une électricité décarbonée, pilotable et souveraine. Mais au lieu d’accélérer les programmes EPR2, le gouvernement s’enlise dans des réglementations européennes tatillonnes et des subventions aux énergies intermittentes qui ne protègent d’aucune crise géopolitique. Un accord américano-iranien fera peut-être baisser le prix de l’essence à la pompe, mais il ne rendra pas la France moins vulnérable. Pire, en relançant les exportations iraniennes, il risque de marginaliser encore davantage les efforts d’indépendance.

Ne pas confondre paix et impunité budgétaire

Que la guerre cesse est évidemment souhaitable. Mais un cessez-le-feu ne doit pas devenir un blanc-seing pour oublier les années d’errements stratégiques. La France a financé une guerre qui n’était pas la sienne, au nom d’une solidarité atlantiste qui n’a jamais été réciproque. Les milliards engloutis auraient pu moderniser nos hôpitaux, nos lignes ferroviaires ou notre réseau électrique.

Le Trésor public ne peut pas être la variable d’ajustement des crises orientales. Chaque euro dépensé sans contrepartie est un euro retiré à la nation. Alors que le déficit public atteignait encore 5,5 % du PIB en 2025, l’heure n’est plus aux chèques en blanc pour des missions qui échappent à tout contrôle parlementaire réel.

L’illusion d’un monde qui redevient normal

Un accord à Washington peut donner l’impression que le monde retrouve l’équilibre. Mais pour la France, cette normalité est un piège. Elle entretient la croyance que notre sécurité dépend de décisions prises à 6 000 kilomètres, par des dirigeants qui défendent d’abord leurs intérêts nationaux. La « décision finale » de Trump ne réglera ni la menace balistique iranienne, ni l’instabilité libanaise, ni la pression migratoire que ces conflits exercent sur l’Europe.

La seule réponse cohérente est un retour à une politique étrangère strictement nationale : définir nos intérêts, ne plus les diluer dans des alliances déséquilibrées, et exiger une contrepartie tangible à chaque engagement. Sinon, la paix des uns continuera de se payer par les impôts des autres.

La France n’a pas vocation à être le banquier d’une pax americana qui profite aux concurrents et coûte aux citoyens. Le possible accord Trump-Iran n’est pas une victoire française ; c’est un solde de tout compte, dont personne ne nous remboursera les avances.

Sources