Le thermomètre s’affole, les médias enclenchent le rituel de la canicule, et les éditorialistes dégainent leurs indignations saisonnières : trop de béton, pas assez de végétalisation, il faut des « politiques ambitieuses ». Mais pendant que la France sue et que les bulletins météo tournent en boucle, qui se souvient qu’un outil public — le Fonds vert — a déjà déversé 3,6 milliards d’euros sur les territoires depuis 2023 ? 19 000 projets subventionnés, 13 000 bénéficiaires. L’argent coule à flots. La question n’est donc pas « fait-on assez ? », mais « qui décide de l’usage de ces milliards, et avec quels résultats ? »

La canicule de cette fin mai 2026 offre une fenêtre utile. Non pour contester la réalité d’un pic de chaleur — elle est mesurable —, mais pour interroger la machine à subventionner qui s’est emballée sans jamais rendre de comptes solides au contribuable.

Un guichet à 3,6 milliards, zéro évaluation indépendante

Le Fonds d’accélération de la transition écologique dans les territoires n’est pas un mystère : le ministère de la Transition écologique lui-même en publie la liste des projets sur data.gouv.fr. Créé en 2023, il a englouti 3,6 milliards d’euros en deux ans, distribués à des collectivités, des associations, des bailleurs sociaux. Rénovation énergétique, mobilités douces, renaturation, îlots de fraîcheur : les intitulés sont vertueux, les montants considérables.

Mais voilà : où est l’évaluation indépendante de l’efficacité réelle de ces projets ? Qui mesure le retour sur investissement pour le climat — et pour le contribuable ? Le ministère publie une liste, pas un bilan. Aucune Cour des comptes n’a encore rendu public un audit exhaustif de cette manne. Le Parlement, qui a voté l’enveloppe, ne reçoit qu’un rapport administratif. Un élu d’une commune de l’Aisne, joint cette semaine, confie : « Le Fonds vert, c’est un appel à projets permanent. On dépose, on touche, on inaugure une piste cyclable ou une façade végétalisée. Mais qui vérifie, ensuite, que le gain thermique est réel ? Personne ne passe. »

Le contribuable paie deux fois : l’impôt, puis l’inflation réglementaire

L’angle mort du discours dominant consiste à réclamer toujours plus de dépenses publiques « pour le climat » sans jamais poser la question du financement. Les 3,6 milliards du Fonds vert ne tombent pas du ciel : ils proviennent de l’impôt et de la dette. Or la France affiche une pression fiscale record, une dette publique qui dépasse les 3 000 milliards d’euros selon l’Insee, et des déficits persistants. Chaque euro fléché vers un projet de « renaturation » est un euro qui ne va pas au désendettement, aux urgences hospitalières ou à la sécurité.

Pire : le contribuable paie deux fois. Une fois par l’impôt qui alimente le Fonds. Une seconde fois par l’inflation réglementaire que ces subventions encouragent — normes de construction, interdictions de matériaux, zones à faibles émissions. Le Fonds vert finance des projets que la réglementation elle-même rend obligatoires. Subventionner ce qu’on impose, c’est une double contrainte sur le portefeuille des ménages et des entreprises.

L’alarmisme climatique comme écran de fumée budgétaire

La canicule de mai 2026 fonctionne comme un déclencheur médiatique parfait. À chaque pic de température, le même mécanisme : on dramatise le présent pour justifier l’argent public dépensé hier et en exiger davantage demain. Ce n’est pas de la politique climatique, c’est du marketing budgétaire.

Les épisodes de pollution persistants qu’évoque la presse ce matin méritent qu’on s’y arrête. L’ozone et les particules fines augmentent-ils réellement en France ? D’après le bilan annuel du ministère, les émissions de polluants atmosphériques baissent tendanciellement depuis vingt ans. Ce qui persiste, ce sont des pics localisés, liés à la chaleur et à la circulation automobile — que les zones à faibles émissions prétendent combattre en excluant les véhicules anciens, c’est-à-dire en taxant les ménages modestes. Là encore, la dépense publique (le Fonds vert finance des ZFE, des capteurs, des études) s’accompagne d’une ponction privée sur les automobilistes.

Priorité nationale : contrôler avant de dépenser

Un État souverain ne distribue pas 3,6 milliards d’euros sans contrôle rigoureux. Il ne laisse pas 13 000 porteurs de projets engager la dépense publique sans évaluation externe, transparente, contradictoire. Le Fonds vert illustre une dérive technocratique classique : l’argent coule du centre vers les territoires, la communication politique s’en félicite, et le citoyen n’a jamais accès à un tableau de bord clair — combien de tonnes de CO₂ évitées par euro dépensé ? Combien de degrés gagnés en ville ? Silence.

La souveraineté nationale commence par la maîtrise de ses deniers. Avant d’ajouter des milliards aux milliards, exigeons un audit indépendant, public et contradictoire du Fonds vert. Et rappelons une vérité simple : lutter contre la chaleur en ville, c’est aussi planter des arbres et entretenir les parcs — ce qui relevait, naguère, du budget ordinaire des mairies, sans plan de relance ni appel à projets.

Le thermomètre monte, les subventions aussi. Et le contribuable, lui, attend la facture.

Sources