Le rapport annuel de performance sur les opérateurs de l’État, annexé au projet de loi de finances pour 2026, annonce que leur nombre passera de 434 à 431. Trois entités sortent du périmètre, deux fusionnent, deux nouvelles entrent. Le solde net est une diminution de trois unités sur un total qui en comptait 434 l’an dernier, selon les données du ministère des Finances.

Reprenons la facture.

En 2025, ces 434 opérateurs employaient plus de 402 000 personnes en équivalent temps plein, d’après le rapport du ministère des Finances cité par Public Sénat. Le plafond d’emplois fixé en loi de finances pour 2026 n’a pas été abaissé en proportion de la diminution affichée du nombre d’entités. Les trois sorties du périmètre ne signifient pas trois suppressions de structures : il s’agit pour l’essentiel de changements de statut juridique, les personnels et les missions étant transférés ailleurs dans le secteur public.

402 000 emplois, et après ?

La commission d’enquête du Sénat sur les missions des agences, opérateurs et organismes consultatifs de l’État a rendu son rapport le 3 juillet 2025. Elle y dresse un constat que personne ne lit vraiment : l’État a perdu la main sur ses politiques publiques. Les opérateurs, conçus pour exécuter avec souplesse, se sont emparés de fonctions stratégiques.

Le rapport identifie un gisement d’économies de 540 millions d’euros sur les seules fonctions support, selon une estimation reprise par la Fondation iFRAP, qui avait été auditionnée dans le cadre de l’enquête. Une réduction de 8 % des charges de personnel et de fonctionnement dégagerait 2,2 milliards d’euros supplémentaires. Additionnons : 2,74 milliards d’euros d’économies potentielles, sans toucher aux missions.

Le PLF 2026, ou l’art de soustraire sans retrancher

Le gouvernement a annoncé, par la voix de la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin, qu’un tiers des agences et opérateurs hors universités seraient fusionnés ou supprimés. L’objectif affiché est une économie de 2 à 3 milliards d’euros. Le rapport annexé au PLF 2026, lui, se contente de trois sorties nettes du périmètre.

C’est écrit.

Le rapport de la commission d’enquête du Sénat propose une revue annuelle systématique des opérateurs, avec un suivi comptable entité par entité. La Direction du budget et le Contrôle général économique et financier assurent déjà ce suivi, mais, comme le note la commission, « cette vision ne dit rien de l’activité réelle des établissements ». On sait combien on dépense. On ne sait pas ce que ça produit.

En 2006, premier exercice de recensement, le rapport sur les opérateurs était une innovation de transparence. Vingt ans plus tard, il est devenu un rituel budgétaire que le Parlement examine sans conséquence. Le PLF 2026 perpétue la tradition : un document annexé, des chiffres alignés, et une rationalisation qui, pour l’instant, se mesure en unités administratives plutôt qu’en euros économisés.

Sources