56 %. C’est le taux d’emploi des étrangers extra-européens en âge de travailler en France en 2024, selon les données du ministère de l’Intérieur publiées le 22 octobre 2025 dans son rapport « Activité, emploi et chômage des immigrés de 2014 à 2024 ». Contre 70 % pour les natifs. L’écart est de 14 points.
L’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID) a remis ce chiffre au centre du débat le 9 juillet 2026, dans une note intitulée « Immigration et emploi en France : radiographie d’un déficit ». Le constat n’est pas neuf. Il est documenté, année après année, par les services statistiques de l’État. Ce qui change, c’est le moment où l’on choisit de le regarder.
12 % de la population active, 62 % en emploi
Reprenons la facture. En 2024, les immigrés représentent 12 % de la population active des 15-64 ans en France, d’après la même publication du ministère de l’Intérieur. Environ 62 % d’entre eux occupent un emploi, contre 70 % des natifs. L’écart se creuse quand on isole les immigrés originaires de pays hors Union européenne : 56 % en emploi, soit 14 points de moins que les Français de naissance.
L’OID insiste sur un point précis : aux âges les plus favorables, c’est-à-dire au cœur de la vie active, les écarts dépassent les 15 points avec les nationalités extra-européennes. Ce n’est pas une question de conjoncture. Le rapport du ministère couvre une décennie, de 2014 à 2024. La tendance est stable.
L’Insee, de son côté, chiffrait en 2023 le taux de chômage des immigrés à 11,2 %, contre 6,5 % pour les personnes nées en France sans ascendance migratoire. L’écart est de 4,7 points. Il monte à près de trois fois plus pour les diplômés du supérieur : 11,1 % de chômage pour les immigrés diplômés, contre 4,4 % pour les natifs sans ascendance migratoire, selon les données Insee relayées par l’Observatoire des inégalités.
Ce que la note de l’OID ne dit pas — mais que les chiffres montrent
L’OID est un observatoire engagé. Sa note du 9 juillet 2026 ne fait pas mystère de son orientation : elle plaide pour une maîtrise des flux migratoires. Mais les chiffres qu’elle cite ne viennent pas d’elle. Ils viennent de l’Insee et du ministère de l’Intérieur. Ce sont les chiffres de l’État.
La question que pose cette note, au fond, n’est pas celle de l’immigration en général. C’est celle du décalage entre le discours sur l’immigration comme réponse aux tensions de recrutement et la réalité statistique d’une sous-emploi persistant. Si l’on importe de la main-d’œuvre, encore faut-il qu’elle travaille. Or les taux d’emploi des immigrés extra-européens restent structurellement inférieurs à ceux des natifs, y compris pour les diplômés.
Le rapport du ministère de l’Intérieur note un autre écart : 19 points de différence entre les hommes et les femmes immigrés originaires de pays hors UE pour l’accès à l’emploi. Ce chiffre est dans le document officiel. Il n’est pas commenté par l’OID, mais il est là.
Le coût de l’écart
Un écart de 14 points de taux d’emploi entre les étrangers extra-européens et les natifs, ce n’est pas une abstraction. C’est plusieurs centaines de milliers de personnes en âge de travailler qui ne travaillent pas. Qui perçoivent des allocations, des minima sociaux, des aides au logement. Qui ne cotisent pas à proportion de ce qu’elles coûtent.
C’est écrit.
Le débat sur l’immigration et l’emploi se résume souvent à une alternative binaire : l’immigration comble-t-elle les pénuries de main-d’œuvre, ou pèse-t-elle sur les finances publiques ? Les chiffres officiels suggèrent que la réponse n’est ni l’un ni l’autre — ou plutôt qu’elle est les deux, selon qu’on regarde le haut ou le bas de la distribution. Mais la moyenne, elle, est têtue : 56 % d’emploi pour les extra-européens, 70 % pour les natifs. L’addition est publique. Reste à savoir qui la lit.
Sources
- Immigration et emploi en France : radiographie d’un déficit
- Le rapport de force va basculer en faveur des travailleurs, …
- Une note de l’Observatoire de l’immigration et …
- Études et notes - OID - observatoire-immigration.fr
- Accueil - Observatoire de l’immigration et de la démographie
- L’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID …