1. C’est le nombre d’hectares parcourus par les flammes dans la forêt de Fontainebleau peu après minuit, dans la nuit du dimanche 12 au lundi 13 juillet 2026, selon le bilan communiqué par les pompiers de Seine-et-Marne et relayé par France 24. Quatre cents soldats du feu mobilisés, des moyens inédits en Île-de-France, une forêt emblématique aux portes de Paris. L’image est saisissante. La facture, elle, reste floue.

Reprenons la facture.

L’incendie de Fontainebleau n’est pas un épisode isolé. Il s’inscrit dans une séquence qui, en huit jours, a vu partir en fumée des milliers d’hectares sur le territoire national. Huit jours, des milliers d’hectares. La forêt domaniale de Fontainebleau vient d’en perdre 800 d’un coup. Rapporté à la surface, c’est une part significative du massif. Rapporté au coût, c’est un angle mort.

Le coût de reconstitution : un chiffre introuvable

Combien coûte la reconstitution d’un hectare de forêt domaniale après incendie ? La question paraît simple. La réponse ne figure dans aucun document budgétaire aisément accessible. L’Office national des forêts (ONF) publie des rapports d’activité, les services de l’État ventilent des crédits de prévention, les collectivités abondent des fonds de solidarité. Mais le prix unitaire de l’hectare à reconstituer — nettoyage, replantation, protection des jeunes plants, suivi sur cinq à dix ans — n’est pas affiché.

Appliquons une hypothèse basse de 5 000 euros par hectare aux 800 hectares de Fontainebleau : 4 millions d’euros. Hypothèse médiane à 10 000 euros : 8 millions. Et ce chiffre ne couvre que la replantation, pas la perte de valeur d’avenir du bois sur pied, ni l’impact sur la biodiversité, ni le manque à gagner touristique.

Qui paie, et sur quelle ligne ?

Le financement de la reconstitution post-incendie relève d’un empilement. L’ONF, établissement public à caractère industriel et commercial, puise dans ses ressources propres — essentiellement la vente de bois. Les collectivités territoriales peuvent voter des aides exceptionnelles. L’État peut débloquer des crédits d’urgence. Les assurances, quand elles couvrent les parcelles communales ou privées, interviennent partiellement. Mais pour une forêt domaniale comme Fontainebleau, c’est bien l’ONF et, in fine, le budget de l’État qui portent la charge.

Chaque hectare qui brûle est un hectare qui ne produira pas de recettes bois avant des décennies, et qui exigera des dépenses immédiates de remise en état. La comptabilité publique enregistrera les premières factures dans les mois qui viennent. Le contribuable, lui, les découvrira dans le prochain projet de loi de finances rectificative — ou ne les découvrira pas, noyées dans un abondement global au programme « Forêt ».

Ce que l’émotion ne chiffre pas

L’incendie de Fontainebleau suscite une émotion légitime. Une forêt historique, des paysages peints par Corot, un poumon vert francilien. Mais l’émotion ne remplace pas le chiffrage. Chaque été, la France brûle. Chaque automne, on reconstitue. Et chaque printemps, on vote un budget de prévention sans jamais consolider le coût complet de la non-prévention.

800 hectares à Fontainebleau. Des milliers d’hectares en huit jours. La facture existe. Elle n’est simplement pas encore présentée au guichet.

Sources