Dimanche 7 juin 2026, sur LCI, le garde des Sceaux Gérald Darmanin a ordonné la revue de « 70 000 plaintes impliquant des enfants » d’ici au 14 juillet. Le lendemain, lundi 8 juin à 8h30, il réunissait les procureurs généraux place Vendôme pour lancer l’opération.

70 000 plaintes à éplucher en cinq semaines. Le chiffre a de quoi faire lever un sourcil. Il ne s’agit pas d’un stock dormant exhumé par hasard : ce sont des procédures en cours, des dossiers ouverts, des plaintes déposées — et manifestement pas toutes traitées avec la diligence requise.

Reprenons la facture. Selon le projet de loi de finances pour 2026, le budget de la mission Justice atteint 10,7 milliards d’euros, en hausse de 210 millions par rapport à 2025. La loi d’orientation et de programmation 2023-2027 prévoit 1 500 magistrats et 1 800 greffiers supplémentaires sur la période. Des renforts « historiques », martèle la Chancellerie.

Et pourtant, 70 000 plaintes impliquant des mineurs attendent qu’un procureur s’y penche. Combien de classements sans suite faute de temps ? Combien de victimes laissées sans réponse ? Le ministre lui-même a reconnu, dimanche, qu’« on ne prend pas au sérieux la parole des enfants ». L’aveu est rare.

Le stock qu’on ne voit jamais

Le problème n’est pas nouveau. Mais le chiffre de 70 000 plaintes, lâché dans l’urgence médiatique après l’affaire Lyhanna, donne une mesure concrète au désastre.

Pendant qu’on débat des budgets en hausse et des créations de postes, le stock de dossiers non traités, lui, ne figure dans aucun indicateur de performance.

La réunion de ce matin place Vendôme ne réglera rien si elle se borne à exiger des procureurs qu’ils traitent en un mois ce qui n’a pas été fait en une année. La justice ne se rend pas au chronomètre. Mais le contribuable, lui, peut légitimement demander : à quoi servent les 10,7 milliards, si 70 000 plaintes d’enfants attendent encore qu’on les lise ?

Sources