209 millions d’euros en autorisations d’engagement, 20 millions en crédits de paiement. C’est le montant inscrit au programme 161 du projet de loi de finances pour 2026 pour la commande de deux avions bombardiers d’eau supplémentaires, selon le rapport du Sénat sur le budget de la sécurité civile. Livraison prévue : 2033 au mieux.

  1. Pendant ce temps, la flotte de la sécurité civile tourne à plein régime — une flotte dont l’âge moyen n’a rien d’une jeunesse.

La promesse de 2022 et le calendrier budgétaire

Après les mégafeux de Gironde de l’été 2022, le président de la République avait annoncé le remplacement des douze Canadair en service d’ici la fin du quinquennat, ainsi que l’achat de quatre appareils supplémentaires à l’horizon 2027. L’image était celle d’un rattrapage rapide, d’une prise de conscience chiffrée.

Quatre ans plus tard, le PLF 2026 raconte une autre histoire. La commande de deux appareils est bien inscrite, mais la livraison est repoussée à 2033. Le Sénat, dans son rapport, ne fait pas de commentaire outragé — il constate. Le décalage entre l’annonce et la trajectoire budgétaire est simplement documenté, ligne après ligne.

Le même programme 161 reconduit pour 2026 l’enveloppe de location d’aéronefs : 30 millions d’euros, en autorisations d’engagement comme en crédits de paiement. Cette somme permet de disposer de dix hélicoptères bombardiers d’eau et de six Air Tractor, prépositionnés dans le Sud-Ouest, mobilisables de juillet à septembre. La location, donc, pour pallier l’usure de la flotte permanente.

30 millions de location, 209 millions de commande — et sept ans d’attente

Reprenons la facture. Chaque été, 30 millions d’euros partent dans la location d’appareils étrangers pour épauler une flotte nationale vieillissante. Parallèlement, l’État engage 209 millions pour deux appareils qui n’arriveront pas avant sept ans. Ce n’est pas un trou dans la raquette — c’est une stratégie de gestion de la pénurie, écrite noir sur blanc dans les documents budgétaires.

Le gouvernement a également annoncé une participation de 7 millions d’euros au projet de bombardier d’eau amphibie « Frégate-F100 » de la société française Hynaero, selon les informations de franceinfo. L’objectif affiché par le ministre François-Noël Buffet : assurer la « souveraineté » de la France.

C’est écrit. Le PLF 2026 ne ment pas. Il dit exactement ce qu’il fait : on commande, on loue, on attend.

Qui paie, et pour quand

Le contribuable français paie trois fois. Il paie pour l’entretien d’une flotte ancienne, il paie pour la location estivale d’appareils étrangers, et il paie pour des commandes dont la livraison est repoussée d’année en année.

La question n’est pas de savoir si l’État fait quelque chose — il fait. La question est de savoir à quel rythme, et pour quelle échéance. Entre la promesse de 2022 et le PLF 2026, le curseur a bougé : la commande est actée, mais la livraison a glissé de six ans.

Sources