Édouard Balladur est mort le 31 août 2026 à Paris, à 97 ans. Les hommages saluent l’homme d’État, le cohabitant, le candidat de 1995. On évoquera moins la loi du 22 juillet 1993, signée en quelques semaines, qui a réformé le régime général des retraites comme personne n’a su le faire depuis.

En arrivant à Matignon, Balladur constate un déficit de 40 milliards de francs pour la CNAV, selon Les Échos. La réforme est menée au pas de charge : la durée d’assurance passe progressivement de 37,5 à 40 annuités, le salaire de référence est calculé sur les 25 meilleures années au lieu de 10, et la revalorisation des pensions est indexée sur les prix, non plus sur les salaires. C’est écrit.

Le déficit qu’il a trouvé est revenu

Trente ans plus tard, le rapport du Conseil d’orientation des retraites de juin 2026 chiffre le déficit du système de retraite à 5,1 milliards d’euros en 2025, soit 0,2 % du PIB. Les dépenses s’élèvent à 422 milliards d’euros, les ressources à 417 milliards. Le déficit que Balladur avait trouvé en francs est revenu en euros, à peu près au même niveau.

La différence, c’est qu’en 1993, on a réformé. En 2026, on projette : le COR prévoit un déficit de 6,8 milliards d’euros en 2030, puis jusqu’à 2,4 % du PIB en 2070. On ne réforme plus, on constate.

La réforme Balladur n’a pas sauvé le système, elle l’a prolongé. Mais elle a fait ce qu’aucune réforme depuis n’a osé faire : toucher aux paramètres, assumer la baisse du taux de remplacement, et le faire voter. Le reste, de Fillon à la réforme de 2023, n’a fait que corriger à la marge ce que la démographie défait chaque année.

Reprenons la facture. En 1993, un premier ministre constate un déficit et agit en quelques semaines. En 2026, on célèbre l’homme et on laisse le déficit courir jusqu’en 2070. L’hommage est mérité. La leçon n’est pas retenue.

Sources