883 millions d’euros en crédits de paiement, 994 millions en autorisations d’engagement. C’est le montant inscrit au programme 161 « Sécurité civile » du projet de loi de finances pour 2026, selon le rapport du Sénat examiné en avril dernier. Une hausse de 6,3 % par rapport à 2025. Le président de la République est arrivé ce lundi 27 juillet en Gironde, auprès des pompiers qui luttent contre des incendies ayant déjà brûlé plus de 42 000 hectares et provoqué l’évacuation de 220 000 personnes, d’après les chiffres communiqués par la préfecture dimanche 26 juillet.

Le déplacement présidentiel a sa logique. La question est de savoir ce qu’il reste de ces 883 millions une fois qu’on les rapporte au terrain.

6,2 milliards d’euros, et l’État à 3 %

Reprenons la facture. Le budget total des services départementaux d’incendie et de secours — les SDIS, ceux qui alignent les hommes et les camions sur le front des flammes — s’élevait à 6,2 milliards d’euros en 2025, selon les données de l’Assemblée des départements de France. Sur cette somme, les départements assurent 54 % du financement. Les communes et intercommunalités complètent une part significative. L’État, lui, contribue à hauteur de 3 %.

C’est écrit.

Le programme 161, avec ses 883 millions, couvre les moyens nationaux : la flotte aérienne, les formations militaires de la sécurité civile, la planification. Il ne finance pas les centres de secours de Langon, de La Teste-de-Buch ou d’ailleurs. Quand un pompier volontaire monte dans un camion en Gironde, son équipement, son carburant, sa formation, c’est d’abord le conseil départemental qui paie.

Le Beauvau promis, la loi repoussée

En 2024, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Gérald Darmanin, lançait un « Beauvau de la Sécurité civile » avec une centaine de propositions sur la table, dont la refonte du financement. Son successeur, Laurent Nuñez, a promis en décembre 2025 un projet de loi de modernisation de la sécurité civile, vingt ans après le dernier texte d’envergure. En avril 2026, devant le Sénat, il évoquait un dépôt pour « l’automne ».

Nous sommes le 27 juillet. L’automne n’est pas encore là, mais les feux, eux, n’ont pas attendu.

Le rapport sénatorial sur le budget 2026 le dit sans détour : « Nous finançons l’urgence sans considérer l’avenir. » La phrase figure dans l’avis présenté au nom de la commission des finances. Elle résume une situation où les crédits augmentent — 30 militaires supplémentaires pour le quatrième régiment de Libourne, deux Canadair commandés pour 209 millions d’euros avec une livraison espérée en 2032 et 2033 — mais où la structure même du financement reste inchangée.

Qui paie, et pour qui

Le déplacement présidentiel en Gironde intervient alors que 240 habitations ont été détruites, selon le bilan provisoire cité par Ouest-France ce 27 juillet. Les images montrent des pompiers épuisés, des canadairs en noria, des habitants évacués. Ce qu’elles ne montrent pas, c’est la clé de répartition de la dépense.

Les départements financent 54 % des SDIS. L’État, 3 %. Le rapport est de un à dix-huit. Quand le président salue l’engagement des soldats du feu, il salue un service public dont son administration centrale assume une part infime du coût de fonctionnement quotidien.

La hausse de 6,3 % du programme 161 est réelle. Les 883 millions d’euros sont une somme. Mais pendant que l’Élysée annonce des commandes d’avions pour la prochaine décennie, les SDIS bouclent leurs budgets annuels avec des départements dont les finances sont sous tension. La question n’est pas de savoir si la sécurité civile mérite des moyens. La question est de savoir qui les paie, et si la répartition actuelle est encore tenable.

Sources