Plus de 1 500 personnes sont arrivées par la mer dans l’enclave espagnole de Ceuta « ces derniers jours », selon les autorités régionales espagnoles citées par Le Monde le 30 juillet 2026. Le ministère de l’Intérieur espagnol précise qu’aucune arrivée maritime n’avait été enregistrée en 2026 avant le 15 juillet. Quatre personnes en 2025, vingt-huit en 2024. Et soudain, 1 500.

La déclaration est politique. La question, elle, est budgétaire : que coûte un contrôle, et que coûte une entrée non contrôlée ?

1 500 entrées en quinze jours, et vingt-huit sur toute l’année 2024

Le rapport est de un à cinquante. Le ministère espagnol de l’Intérieur a communiqué les chiffres : 28 entrées maritimes à Ceuta sur l’ensemble de 2024, 4 en 2025, et plus de 1 500 en une quinzaine de jours à la fin juillet 2026. L’écart n’est pas une fluctuation, c’est un basculement.

En 2021, une crise similaire avait vu 10 000 personnes entrer à Ceuta en deux jours, rappelle Euronews le 30 juillet 2026. À l’époque, le gouvernement espagnol avait déployé l’armée et négocié avec Rabat des retours accélérés. Trois ans plus tard, le schéma se répète.

Le prix d’une frontière, angle mort des comptes publics

La France consacre chaque année des moyens à la police aux frontières (PAF), aux centres de rétention, à l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), aux demandes d’asile instruites par l’OFPRA et la CNDA. Mais aucun document budgétaire ne permet de rapporter ces dépenses à un indicateur simple : le coût complet par entrée interceptée, ou par entrée irrégulière constatée.

C’est écrit.

Le contribuable français finance un dispositif dont il ne connaît pas le prix unitaire. Il sait que 1 500 personnes arrivent à Ceuta, que le président demande des contrôles renforcés, mais il ignore combien ces contrôles coûtent — et combien coûterait leur absence.

Ceuta, laboratoire d’une addition qui n’est jamais faite

L’Espagne va déployer des troupes à Ceuta, annonce Euronews le 30 juillet. Le ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska s’y rend ce vendredi 31 juillet. Des moyens militaires, des renforts policiers, des négociations diplomatiques avec le Maroc pour accélérer les retours : chaque décision a un coût.

Mais qui l’additionne ? Ni Madrid, ni Paris, ni Bruxelles ne publient de comptabilité consolidée par événement migratoire. On vote des budgets, on déploie des forces, on communique des effectifs — jamais le prix.

Reprenons la facture. Une entrée irrégulière interceptée mobilise des agents, des infrastructures, du temps judiciaire, éventuellement une rétention, parfois une reconduite. Une entrée non interceptée mobilise d’autres lignes budgétaires : hébergement d’urgence, aide médicale, scolarisation, instruction de la demande d’asile. Les deux colonnes existent, mais personne ne les publie côte à côte.

Et pendant ce temps, à Ceuta, 1 500 personnes viennent de passer.

Sources