42 000 hectares. C’est la surface officielle ravagée par le mégafeu de Gironde, selon les données consolidées par les autorités et reprises par Ouest-France le 31 juillet 2026. Le chiffre est précis, l’unité est claire, la communication est rodée. On connaît l’étendue des dégâts à l’hectare près. On connaît le nombre d’évacués — 220 000 personnes déplacées, dont 198 000 déjà autorisées à rentrer chez elles, d’après le point de situation de la préfète de Gironde, Sophie Brocas, le 31 juillet. On connaît le nombre de pompiers mobilisés, le nombre de Canadair, le nombre de départements en vigilance orange canicule.
Ce qu’on ne connaît pas, c’est le prix.
220 000 évacués, et pas une ligne budgétaire
Reprenons la facture. 220 000 personnes évacuées, cela signifie des gymnases ouverts, des lits de camp déployés, des repas servis, des transports organisés. Cela signifie des heures supplémentaires pour les agents municipaux, les forces de l’ordre, les personnels de santé mobilisés. Cela signifie des renforts de pompiers venus d’autres départements, avec leurs véhicules, leur logistique, leur carburant.
Le 1er août 2026, Le Monde rapportait que des pompiers supplémentaires étaient attendus dans le Var, où 1 000 hectares supplémentaires étaient parcourus par les flammes et 2 500 personnes évacuées. Des colonnes de renfort qui traversent la France : chaque camion, chaque heure de trajet, chaque nuit d’hébergement a un coût. Mais lequel ?
La préfète de Gironde communique sur les retours d’évacués. Les services de l’État publient des points de situation quotidiens. Nulle part n’apparaît une estimation, même provisoire, du coût supporté par le contribuable. Ce n’est pas un oubli. C’est une constante.
Le prix d’une saison des feux, angle mort des comptes publics
Le mégafeu de Gironde n’est pas un incident isolé. Le Dauphiné Libéré évoquait le 31 juillet une « saison des feux inédite, amplifiée par une sécheresse exceptionnelle ». Des incendies simultanés en Gironde et dans le Var, des évacuations massives, des moyens aériens déployés sur plusieurs fronts. La facture s’accumule, mais elle reste invisible.
L’Union des grands crus de Bordeaux a publié un communiqué le 31 juillet pour rassurer : « aucune vigne de Gironde n’a été touchée par les incendies », le millésime 2026 s’annonce « prometteur ». Les intérêts économiques privés sont chiffrés, protégés, communiqués. Le coût public, lui, demeure une variable muette.
EDF, dans ses résultats semestriels publiés la même semaine, évoquait l’impact des « canicules » sur sa rentabilité — 5,2 milliards d’euros de bénéfice net, en baisse de 4,4 %. Une entreprise cotée chiffre l’effet des événements climatiques sur ses comptes. L’État, lui, ne publie pas l’équivalent pour les incendies qu’il combat.
Verdict : une communication qui compte les hectares, pas les deniers publics
On saura combien d’hectares ont brûlé, combien de personnes sont rentrées chez elles, combien de pompiers sont encore sur place.
On ne saura pas combien cela a coûté.
Pas parce que l’information n’existe pas. Les services de l’État tiennent une comptabilité. Les collectivités territoriales enregistrent leurs dépenses. Les SDIS facturent leurs interventions. Mais ces chiffres ne sont jamais agrégés, jamais publiés en temps réel, jamais présentés au contribuable qui paie.
C’est écrit.
La transparence sur les surfaces brûlées est totale. La transparence sur les sommes engagées est nulle. Le contribuable a le droit de savoir ce que lui coûte une saison des feux. Pour l’instant, on lui donne des hectares.
Sources
- data.gouv.fr
- data.gouv.fr
- Incendies. Reprise brutale du feu dans le Var, 1 000 hectares parcourus et 2 500 évacués, la Gironde toujours pas fixée, l’essentiel de ce vendredi
- DIRECT. Incendies en Gironde : 198 000 des 220 000 personnes évacuées ont pu regagner leurs habitations
- EN DIRECT, incendies : dans le Var, 2 500 personnes évacuées et 1 000 hectares parcourus par le feu ; des pompiers supplémentaires attendus sur place samedi