Trois candidats en une semaine. Le 5 août 2026, Viginum, le service de l’État chargé de la lutte contre les ingérences numériques étrangères, confirmait avoir détecté une campagne de désinformation visant Gabriel Attal, imputée avec « une confiance élevée » au réseau pro-russe Matriochka. Quelques jours plus tôt, Édouard Philippe et Raphaël Glucksmann étaient ciblés par des opérations similaires, mêlant vidéos truquées et faux articles de presse relayés sur X et TikTok.
L’information est livrée par franceinfo le 6 août, confirmée par l’entourage de l’ancien Premier ministre. « Tout y est faux », précise-t-on du côté de Raphaël Glucksmann, également visé par une opération usurpant des noms de journalistes. La séquence est rodée : un candidat visé, un communiqué, une indignation unanime. Et puis on passe au suivant.
406 millions d’euros pour la coordination de la sécurité, et pas une ligne sur le coût par opération
Reprenons la facture. Selon les données budgétaires pour 2026 citées lors d’une audition parlementaire, les crédits de paiement de l’action « coordination de la sécurité et de la défense » — qui englobe Viginum — s’établissent à 406 millions d’euros, après une baisse par rapport aux 438 millions de 2024. Le décret n° 2026-70 du 11 février 2026 est venu renforcer les missions du service.
Viginum, selon son site officiel consulté par le SGDSN, a détecté quatre opérations d’ingérences numériques étrangères durant les seules élections municipales des 15 et 22 mars 2026. Le service publie des rapports, documente des modes opératoires — le dernier en date porte le nom technique de Rokh Solis — et communique régulièrement sur les menaces.
Mais nulle part ne figure le coût par opération détectée. Nulle part n’apparaît le prix de la veille, de l’analyse, de l’attribution, de la communication de crise. L’État nous dit qu’il protège le débat public. Il ne nous dit pas à quel tarif.
13 900 articles falsifiés, 85 faux sites : la machine tourne, le compteur public aussi
Le 24 mars 2026, en séance à l’Assemblée nationale, un député citait les chiffres de Reporters sans frontières : 85 faux sites d’information actifs, 13 900 articles destinés à semer le doute dans la population française à l’approche des municipales. Le réseau Storm-1516, lié au Kremlin, est nommément désigné.
C’est écrit.
La machine à désinformation tourne à plein régime. Elle produit des contenus falsifiés à l’échelle industrielle. Face à elle, Viginum détecte, caractérise, attribue. Mais le contribuable, lui, n’a jamais vu le bilan comptable de cette course-poursuite. Combien coûte la détection d’une vidéo truquée ? Combien pour faire tomber 85 faux sites ? Combien pour documenter un mode opératoire comme Rokh Solis ?
La question n’est pas de savoir s’il faut lutter contre les ingérences — la réponse est oui. La question est de savoir si l’État lui-même sait combien cette lutte lui coûte, opération par opération, campagne par campagne, candidat par candidat.
Verdict : une communication qui compte les victimes, pas les deniers publics
Trois candidats visés, trois communiqués, une couverture médiatique massive. La séquence est politiquement rentable pour tout le monde : les candidats y gagnent une stature de cible, Viginum une démonstration de son utilité, les rédactions un feuilleton à rebondissements.
Mais le débat public mérite mieux qu’un décompte de victimes. Il mérite un décompte de ce que coûte, au contribuable, la protection de la démocratie contre les ingérences numériques. Pour l’instant, ce chiffre-là, personne ne le donne.
Sources
- Présidentielle 2027 : Gabriel Attal à son tour visé par “une …
- Après Philippe et Glucksmann, Attal visé par une opération d’ingérence russe : à qui cela profite ?
- Philippe, Attal et Glucksmann ciblés par des ingérences …
- Viginum | SGDSN
- Compte rendu intégral
- Guerre en Ukraine : un bilan de Viginum sur les actions russes de désinformation