Le 26 août 2026, à la base navale de Dzaoudzi, le Premier ministre Sébastien Lecornu annonce un renforcement de la lutte contre l’immigration clandestine à Mayotte : drones, ballons de détection en altitude, bateaux d’interception supplémentaires, poste avancé de la Légion étrangère dans le nord-ouest de l’île. La déclaration est reprise par RFI et Le Monde le jour même. Le chef du gouvernement « compte beaucoup sur les moyens fournis par les hautes technologies », écrit Le Monde.

Reprenons la facture.

Ce que l’État publie déjà

Selon la Direction générale des étrangers en France (ministère de l’Intérieur), 24 512 éloignements d’étrangers en situation irrégulière ont été enregistrés depuis les départements d’outre-mer en 2025. Sur ce total, 21 409 ont été réalisés depuis Mayotte. C’est écrit.

Le ratio est de 87,3 %. Mayotte concentre près de neuf éloignements sur dix dans l’ensemble des outre-mer. Les ressortissants comoriens représentent 20 662 des 21 409 éloignements mahorais, soit 96,5 % du total, toujours selon la même source.

La dynamique est ascendante. La direction générale des étrangers en France titre elle-même son bilan 2025 : « une dynamique ascendante ». Mayotte Place Nette, l’opération lancée en 2024, a produit 19 262 reconduites à la frontière en 2025, selon La 1ère Franceinfo.

L’angle mort de l’annonce

Lecornu annonce des renforts humains et technologiques. La question que l’annonce ignore n’est pas celle des moyens. Elle est celle du rendement.

Si 21 409 éloignements ont été réalisés en 2025 depuis Mayotte, et si le Premier ministre juge nécessaire d’ajouter des drones, des ballons, des bateaux et des légionnaires, alors deux lectures sont possibles. Soit les moyens actuels sont insuffisants pour endiguer les arrivées — et il faut expliquer pourquoi 21 409 éloignements n’ont pas suffi. Soit les moyens actuels sont efficaces — et l’annonce de renforts est une réponse à autre chose qu’à un déficit opérationnel.

Le coût n’est pas précisé dans les annonces du 26 août. Les drones, les ballons captifs, les navires d’interception et le déploiement de la Légion étrangère représentent une dépense budgétaire qui devra être inscrite quelque part. La loi de programmation militaire est évoquée par Le Monde comme source de financement. Le contribuable attendra le détail.

Verdict

La déclaration de Lecornu est exacte sur un point : des renforts sont annoncés. Elle est muette sur le reste.

L’État publie les chiffres. Il ne les croise pas avec ses propres annonces. C’est le travail du lecteur.

Sources