Le 10 août 2026 sur CNews, Laurent Cappelletti, économiste et professeur au CNAM, a estimé que « la France reste sur une immigration subie et non orientée vers le travail ». La formule est politique. Elle mérite d’être passée au crible des données que le ministère de l’Intérieur publie lui-même.
La déclaration
« La France reste sur une immigration subie et non orientée vers le travail », a déclaré Laurent Cappelletti le 10 août 2026 sur CNews. L’économiste pointe un déséquilibre structurel : la France accueillerait une immigration qui s’impose à elle, sans lien avec les besoins de son économie.
Les faits
Selon les données publiées par la Direction générale des étrangers en France (DGEF) du ministère de l’Intérieur, 384 230 premiers titres de séjour ont été délivrés en 2025, en hausse de 11,2 % sur un an.
La répartition par motif d’admission, toujours selon la DGEF, est la suivante : étudiants 31 %, familial 24,1 %, humanitaire 23,3 %, économique 13,5 %, divers 8,2 %.
Un chiffre tranche avec la dynamique générale. Les primo-délivrances pour motif économique sont les seules en baisse : −13,2 % en 2025, sous le double effet du repli des titres délivrés aux salariés et de ceux délivrés aux saisonniers. Pendant ce temps, les titres humanitaires bondissent de 65 % (+36 000 primo-délivrances) et les titres étudiants progressent de 5,3 %.
Autrement dit, sur 100 premiers titres délivrés en 2025, 13,5 seulement relèvent d’une immigration de travail. Et cette part se contracte.
Verdict : exact sur le constat, incomplet sur la cause
La déclaration de Laurent Cappelletti est factuellement exacte si l’on s’en tient au constat : l’immigration économique est minoritaire et en recul. Les chiffres du ministère de l’Intérieur le confirment sans ambiguïté.
Mais la formule « immigration subie » suggère une passivité de l’État. Or, les mêmes chiffres montrent que l’État délivre activement des titres pour motif humanitaire et familial — des catégories qui relèvent de choix politiques, de conventions internationales et de décisions administratives. Ce n’est pas une immigration qui « arrive » sans contrôle ; c’est une immigration dont la composition par motif résulte de priorités assumées.
Reste une question que les données officielles ne tranchent pas : la baisse des titres économiques traduit-elle un moindre besoin de main-d’œuvre étrangère, ou une politique qui décourage l’immigration de travail au profit d’autres canaux ? La DGEF ne le dit pas. Le débat, lui, ne fait que commencer.
Sources
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