Le 27 janvier 2026, le ministère de l’Intérieur a publié les statistiques de l’immigration pour l’année 2025. 384 230 premiers titres de séjour ont été délivrés. C’est une hausse de 11,2 % par rapport à 2024, d’après les données du ministère. Le chiffre est public, la publication est annuelle, le débat présidentiel de 2027 a désormais son carburant.
Il l’aura, en tout cas, sous la forme qu’on lui connaît : les chiffres brandis comme des étendards, les plateaux qui s’échauffent, les promesses de moratoire ou de régularisation massive. Ce qui ne sera pas demandé, en revanche, c’est ce que ces 384 230 titres représentent, poste par poste, dans les comptes publics. La campagne parlera de l’immigration. Elle ne parlera pas de la facture.
Le détail que personne n’ira chercher
Reprenons la facture. Les données du ministère de l’Intérieur pour 2025 montrent que les titres pour motif humanitaire ont connu une envolée. Les titres étudiants, première catégorie avec 31 % du total, ont augmenté de 6 %.
Ce que ces catégories ne disent pas, c’est le coût net pour la collectivité. Un titre de séjour n’est pas qu’un document administratif. Il ouvre des droits : protection universelle maladie, allocations familiales, aides personnelles au logement, scolarisation des enfants, accès aux transports subventionnés. Chaque ligne de dépense est budgétée quelque part — dans le PLFSS, dans les comptes de la CNAF, dans les dotations aux collectivités. Mais aucune administration ne consolide le coût complet d’un titre de séjour par motif. Le chiffre existe en pièces détachées. Il n’existe pas assemblé.
La question qui fâche : qui paie, et pour qui ?
Le débat sur l’immigration, en campagne présidentielle, se structure toujours autour de deux pôles : le pôle humanitaire — accueillir, protéger, intégrer — et le pôle sécuritaire — contrôler, expulser, limiter. Ce clivage a l’avantage d’être simple. Il a l’inconvénient d’être gratuit.
Gratuit, parce qu’il évite soigneusement la question du solde. Les 384 230 titres de 2025 représentent-ils un apport net ou un prélèvement net sur les finances publiques ? La réponse dépend du motif, de la durée de séjour, du taux d’emploi, du salaire médian des titulaires, de leur composition familiale. Autant de variables que le ministère de l’Intérieur ne croise pas avec les données fiscales et sociales — ou qu’il ne publie pas si le croisement existe.
C’est écrit.
Le rapport annuel sur l’immigration donne des flux. Il ne donne pas de bilan. Un candidat qui demanderait ce bilan — le coût complet, le solde net, le retour sur dépense publique — poserait une question que l’administration elle-même ne pose pas. Et pour cause : la poser, ce serait admettre que l’immigration n’est pas qu’une question de valeurs, mais aussi une question de comptes.
2027 : le débat qu’on n’aura pas
La campagne de 2027 aura lieu. Les chiffres de 2025 seront cités, tronçonnés, instrumentalisés. Les uns y verront la preuve d’une France généreuse et ouverte. Les autres, la preuve d’une France submergée. Personne ne demandera le tableau croisé : 384 230 titres, ventilés par motif, croisés avec les dépenses sociales afférentes, les recettes fiscales générées, et le solde.
Ce tableau n’est pas interdit. Il n’est simplement pas publié. Et tant qu’il ne le sera pas, le débat sur l’immigration restera ce qu’il est depuis trente ans : un débat sur les principes, pas sur les comptes. Un débat où l’on s’écharpe sur des valeurs, pendant que la facture, elle, continue de courir.