L’arrêté préfectoral a été mis à jour le 10 août 2026. Il est consultable sur le site des services de l’État dans la Nièvre, en PDF, 2,13 mégaoctets. Neuf des seize bassins hydrographiques du département sont classés en crise. L’Aron, l’Acolin, l’Alène, la Dragne, l’Ixeure, la Nièvre et l’amont de l’Yonne ont franchi le seuil. L’irrigation y est interdite, sauf dérogation pour les cultures maraîchères et horticoles.

C’est écrit.

La préfète a pris sa décision à l’issue d’une réunion de suivi. Le communiqué précise que « la dégradation de la situation se poursuit ». Chacun peut télécharger le document, vérifier le classement de sa commune, consulter la carte des zones en crise. La transparence administrative est, sur ce point, irréprochable.

Elle s’arrête au seuil du comptable.

L’arrêté est public, la facture ne l’est pas

Le ministère de la Transition écologique publie quotidiennement, sur data.gouv.fr, le jeu de données « VigiEau » — 48 fichiers, mis à jour ce 12 août 2026 à 7h29. On y trouve, commune par commune, le niveau de restriction en vigueur : vigilance, alerte, alerte renforcée, crise. La granularité est remarquable. L’open data fonctionne.

Ce qu’on ne trouve pas, c’est le coût.

Combien coûte, pour les finances publiques, un département où neuf bassins sur seize passent en crise ? Combien pour les indemnisations agricoles, les exonérations de taxe foncière sur les propriétés non bâties, les prélèvements d’office pour l’eau potable par camion-citerne, les surcoûts de traitement des rivières à l’étiage, les heures supplémentaires des agents de l’Office français de la biodiversité chargés des contrôles ?

Aucune ligne budgétaire ne consolide ces dépenses. Chaque ministère, chaque agence, chaque collectivité engage des crédits sur ses propres lignes. L’addition existe, mais personne ne la pose sur la table.

67 départements en crise, et pas un chiffre consolidé

D’après le portail Réussir, qui suit les arrêtés sécheresse, 67 départements français étaient en situation de crise. La Mayenne a mis à jour son arrêté le 4 août. L’Ain a signé le sien le 7 août. Le Gers a interdit les prélèvements pour l’irrigation agricole dans les secteurs en crise le 6 août. La Nièvre a renforcé ses mesures le 10 août.

Chaque arrêté est un acte réglementaire. Chaque acte réglementaire a des conséquences budgétaires.

Reprenons la facture.

Les collectivités territoriales qui affrètent des camions-citernes pour alimenter des communes en rupture d’eau potable engagent des dépenses imprévues. Les contribuables paient, en impôts, en redevances, en taxes.

Mais le montant total n’apparaît dans aucun document budgétaire unique.

Ce que VigiEau montre, ce que Bercy tait

Le jeu de données VigiEau est une réussite technique. Il permet de savoir, en temps réel, quel niveau de restriction s’applique à chaque commune française. C’est un outil de transparence sur la réglementation.

Ce n’est pas un outil de transparence sur la dépense.

Or la dépense est la seule mesure objective de l’effort public. Un arrêté de restriction ne coûte rien à signer. Ses conséquences budgétaires, elles, se chiffrent en indemnités, subventions, investissements d’urgence, heures supplémentaires, contrôles. Le contribuable a le droit de savoir combien.

La sécheresse de l’été 2026 n’est pas la première. Elle ne sera pas la dernière. Chaque année, les mêmes arrêtés, les mêmes restrictions, les mêmes dépenses d’urgence. Et chaque année, le même silence budgétaire.

La préfète de la Nièvre a fait son travail. L’arrêté est en ligne. Qui fera le travail de l’addition ?

Sources