Le 19 août 2026, Sébastien Lecornu demande à l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) de constituer une « nouvelle unité cyber » pour offrir une « réponse opérationnelle plus réactive » aux attaques visant le système d’information de l’État, selon franceinfo. La demande intervient cinq jours après que la DGFiP a confirmé deux intrusions, fin juin et fin juillet, et le vol de données concernant au moins 678 000 particuliers et professionnels, d’après Le Monde du 17 août.

La déclaration

Le Premier ministre annonce une unité nouvelle, une réponse plus réactive. Le sous-texte est clair : l’organisation actuelle n’a pas suffi, il faut créer. Reprenons la facture.

Les faits

L’ANSSI publie chaque année son panorama de la cybermenace. Celui de 2025, diffusé en mars 2026, indique que l’agence a traité 3 586 événements de sécurité au cours de l’année, dont 1 366 incidents confirmés. Les ministères et les collectivités territoriales représentent 24 % des incidents traités, deuxième secteur le plus visé derrière l’éducation et la recherche (34 %).

Autrement dit : l’agence à qui l’on demande aujourd’hui de créer une unité pour mieux protéger l’État a déjà, en 2025, traité plus de 3 500 événements. Elle publie elle-même les chiffres. C’est écrit.

Le même panorama relève une progression de plus de 50 % des exfiltrations de données : 196 incidents en 2025, contre 130 en 2024. Le vol de données est devenu le mode opératoire dominant, plus rentable et plus discret que le chiffrement. La DGFiP n’est pas un accident isolé ; elle est un cas parmi 196.

Verdict

La déclaration est trompeuse, non par ce qu’elle affirme, mais par ce qu’elle suggère. Elle laisse entendre que la réponse de l’État manque d’une structure, d’une unité qui n’existerait pas encore. Or l’ANSSI existe, elle traite des milliers d’événements par an, et elle documente elle-même la dégradation. Créer une unité supplémentaire au sein d’une agence qui publie déjà le décompte exact des incidents ne répond pas à la question que ces chiffres posent : avec quels effectifs, avec quel budget, avec quelle priorité réelle ?

La question n’est pas de savoir s’il faut une unité de plus. Elle est de savoir combien de personnes, aujourd’hui, à l’ANSSI, sont affectées à la protection des ministères, et si ce nombre a augmenté à la hauteur des 196 exfiltrations recensées. Le communiqué ne le dit pas. Le panorama non plus. C’est peut-être là, le chiffre qui manque.

Sources