Le 20 août 2026, Météo-France place cinq départements du Sud-Est en vigilance orange pour orages. Le même jour, le site d’Enedis affiche un chiffre : 5,7 milliards d’euros investis en 2025, dont 750 millions consacrés à « l’adaptation du réseau face aux effets du changement climatique ». Les deux informations sont parues à quelques heures d’intervalle. Elles ne se contredisent pas. Elles se complètent, à la manière d’une facture et de son acquittement.
L’investissement ne se mesure pas en communiqués
Reprenons la facture. Enedis exploite 1,4 million de kilomètres de réseau, soit l’équivalent de 35 fois le tour de la Terre, selon les données publiées par l’entreprise. Chaque année, 12 500 kilomètres de lignes sont renouvelés. Depuis 2020, ce sont 73 000 kilomètres qui ont été remplacés. L’effort est réel, chiffré, daté. Il figure dans les rapports, les plans industriels, les projections à 2030.
Et pourtant, le 20 août 2026, des foyers du Var peuvent se retrouver sans électricité à cause d’un orage. Pas d’une tempête exceptionnelle, pas d’un événement centennal. Un orage d’été, de ceux que Météo-France annonce avec vingt-quatre heures d’avance et que les bulletins de vigilance décrivent avec précision : foudre, rafales, grêle. Le réseau a tenu, pour l’essentiel. Mais pas partout. La foudre est tombée, et quelque part, un transformateur ou une ligne n’a pas encaissé.
Le critère B, ou l’art de moyenner l’inconfort
La qualité du réseau se mesure. Enedis publie sur data.gouv.fr un indicateur appelé « Critère B » : la durée annuelle moyenne de coupure par installation de consommation raccordée en basse tension. C’est un chiffre propre, agrégé, comparable d’une année sur l’autre. Selon les données disponibles, chaque client subit en moyenne entre une et deux coupures par an, pour une durée totale d’environ 56 minutes certaines années.
C’est écrit. Une moyenne nationale de 56 minutes de coupure par an, cela signifie que des millions de foyers ne connaissent presque aucune interruption, et que d’autres cumulent des heures sans électricité. La moyenne est un outil de gestion. Elle ne dit rien de l’expérience d’un habitant du Var qui, le 20 août 2026, attend que la foudre cesse et que le courant revienne. Elle ne dit rien non plus de la répétition : un orage en août, un épisode de neige collante en hiver, une canicule qui fait fondre les câbles. Chaque événement est compté, additionné, moyenné. Le résultat est un indicateur. Pas un confort.
Qui paie, et pour qui
Enedis prévoit d’augmenter ses investissements à 6,8 milliards d’euros en 2030, dont 2 milliards pour l’adaptation et la modernisation du réseau, selon son Projet Industriel et Humain 2030. Le contribuable, lui, regarde passer les orages.
La question n’est pas de savoir si Enedis investit. Les chiffres montrent que oui. La question est de savoir ce que ces 750 millions d’euros d’adaptation climatique ont changé, concrètement, pour un foyer du Var privé d’électricité le 20 août 2026. La réponse n’est pas dans le communiqué. Elle est dans le silence d’un transformateur foudroyé, quelque part entre Draguignan et Fréjus, pendant que la moyenne nationale continue de rassurer.
Sources
- Vigilance orange orages : activité orageuse significative attendue dans 3 départements ce 20 août 2026 – franceinfo
- Fortes pluies, grêle, rafales de vent : des “orages violents” attendus ce jeudi, découvrez les prévisions météo | TF1 Info
- Dailymotion
- Enedis coupure de courant programmée : comment s’y préparer
- Enedis modernise le réseau d’énergie électrique pour l’adapter aux nouveaux besoins énergétiques | Enedis
- Rapport sur la qualité de l’électricité 2022