Le 26 août 2026, la rivière Trishuli, grossie par une crue soudaine venue du Tibet, emporte des villages entiers dans le district de Nuwakot, au Népal. Le bilan provisoire s’établit à 95 morts selon TF1 Info, 98 selon Le Monde, et les autorités chinoises annoncent 265 disparus côté tibétain. La catastrophe est en cours, les chiffres bougent encore. Pendant ce temps, à Paris, un autre chiffre est déjà figé : la mission « Aide publique au développement » du projet de loi de finances pour 2026 s’élève à 4,43 milliards d’euros en autorisations d’engagement, en baisse de 13,6 % par rapport à la loi de finances initiale pour 2025, selon le rapport du Sénat sur le PLF 2026.
La catastrophe est en direct, le budget est déjà voté
Reprenons la facture. Le rapport sénatorial sur la mission APD, publié à l’automne 2025, détaille : 4,43 milliards d’euros en autorisations d’engagement, 3,67 milliards en crédits de paiement. En face, la LFI 2025 inscrivait 5,12 milliards en AE et 4,37 milliards en CP. La baisse est de 13,6 % en AE et de 16,1 % en CP. C’est écrit.
L’opinion convenue, face à une catastrophe comme celle du Népal, s’émeut, puis réclame que la France « fasse quelque chose ». Elle ignore une distinction que les documents budgétaires, eux, ne perdent jamais de vue : l’aide humanitaire d’urgence et l’aide publique au développement structurelle ne sont pas la même ligne. L’IFRC a débloqué environ un million d’euros de fonds d’urgence pour le Népal, selon Mediapart. La tendance de fond, elle, est déjà écrite dans le PLF 2026.
Qui compte les morts, et qui compte les crédits
Le Népal compte ses morts un par un, dans l’urgence, sous la boue. Le Sénat, lui, compte en milliards, avec un an d’avance. La mission APD a été réduite de 40 % entre 2024 et 2026, soit une coupe de près de 2,4 milliards d’euros, selon Focus 2030. L’objectif de 0,7 % du revenu national brut consacré à l’aide au développement, fixé pour 2025, a été reporté à 2030 — et le sénateur Alain Cazabonne, dans la discussion budgétaire du 9 décembre 2025, doute déjà qu’il soit tenu.
La question n’est pas de savoir si la France doit envoyer des secours au Népal. La question est de savoir ce que signifie une politique d’aide au développement qui se réduit de 13,6 % en autorisations d’engagement l’année même où une crue dévastatrice frappe une région limitrophe du Tibet. L’aide d’urgence se débloque en heures. L’aide structurelle, celle qui finance les systèmes d’alerte, les infrastructures résilientes, la prévention, se vote en loi de finances. Et elle est en baisse.
La prévention n’a pas de direct télévisé
Une crue soudaine ne prévient pas. Mais un budget, lui, se prévoit. Le PLF 2026 a été déposé le 23 octobre 2025, selon l’Assemblée nationale. Dix mois avant la catastrophe du Népal. Dix mois pendant lesquels la trajectoire était connue, chiffrée, publiée. La baisse de 13,6 % en AE n’est pas une surprise de dernière minute : c’est une décision budgétaire, assumée, documentée.
Le direct télévisé montre les villages emportés, les ponts effondrés, les installations électriques endommagées. Il ne montre pas la ligne budgétaire qui, année après année, finance — ou ne finance plus — la capacité des pays exposés à encaisser ce genre de choc. L’IFRC débloque un million d’euros en urgence. Les deux chiffres ne sont pas de même nature. Mais ils racontent la même histoire : on compte les morts après, on coupe les crédits avant.