Le 6 août 2026, Santé publique France publiait le bilan de l’épisode caniculaire du 17 juin au 2 juillet. 5 764 décès en excès en seize jours. Une surmortalité de 36,2 %, toutes causes confondues. Quatre-vingt-douze départements touchés, 98,5 % de la population de métropole concernée. C’est écrit.
Ce 13 août, Météo-France relève des pointes à 42 degrés par endroits. L’épisode se termine. Le bilan viendra dans quelques semaines, quand Santé publique France aura compilé les certificats de décès, croisé les dates, isolé l’excès. Il sera publié un jeudi ou un vendredi, sobrement, en ligne. Et le cycle recommencera.
Le bilan de juin, déjà un fantôme
Le chiffre du 6 août mérite qu’on s’y arrête. 5 764 décès en excès. L’épisode de juin 2026 a touché 92 départements.
Ce chiffre a été publié. Il a été repris. Et il a été aussitôt enseveli sous la séquence politique de l’été, les incendies en Gironde, la crise pétrolière, les annonces de coupes budgétaires. Le 6 août, le même jour, le ministère des Armées déposait un projet de loi de programmation militaire. Le rapport de Santé publique France n’a pas tenu vingt-quatre heures dans le débat public.
Reprenons la facture. 5 764 décès en excès. C’est l’équivalent de la population d’une sous-préfecture comme Saint-Jean-de-Maurienne ou Pontivy. Effacée en seize jours. Et la question qui suit — combien de ces décès auraient pu être évités par une politique d’adaptation préventive — n’a pas été posée.
Août s’achève, le chiffre viendra
L’épisode qui se termine ce 13 août a été moins long que celui de juin. Il a été plus intense localement — des pointes à 42 degrés par endroits, des records battus dans plusieurs villes selon Météo-France. Il a concerné 80 départements en vigilance orange, d’après franceinfo. Le bilan humain sera connu dans quelques semaines.
Il sera inférieur à celui de juin, probablement. La durée joue. Mais il viendra s’ajouter aux 5 764 déjà comptabilisés. Et la question de l’adaptation — logements isolés, espaces verts urbains, dispositifs de veille pour les personnes âgées — restera posée dans le vide.
Le plan national canicule est activé chaque année du 1er juin au 15 septembre. Quatre niveaux de vigilance, des obligations pour les communes, un registre nominatif pour les personnes vulnérables. Le dispositif existe. Il est décrit, réglementé, budgété. Mais son efficacité se mesure à un indicateur que personne ne commente : l’écart entre le nombre de décès attendus et le nombre de décès constatés.
Qui paie l’adaptation ?
Le 3 août, Le Monde rapportait que les canicules et les incendies menaçaient l’objectif de réduction du déficit public. Le gouvernement visait 5 % du PIB pour 2026. Il a déjà annoncé 9 milliards d’euros d’économies. Les conséquences du réchauffement climatique risquent de rendre ces coupes insuffisantes.
La formulation est révélatrice. Les canicules sont présentées comme une menace pour le budget, pas comme une menace pour les vies. Le coût des dégâts agricoles — le ministère de l’Agriculture a annoncé le 31 juillet que les assureurs pourraient verser des acomptes jusqu’à 80 % de l’indemnité de solidarité nationale — est comptabilisé. Le coût humain est relégué à un rapport trimestriel que personne ne lit.
L’adaptation au changement climatique a un prix. La rénovation thermique des logements, la végétalisation des villes, le renforcement des services de soins à domicile pour les personnes âgées isolées : tout cela figure dans des plans, des schémas, des feuilles de route. Mais le budget 2026, adopté par 49-3, a vu la mission France 2030 amputée de 1,1 milliard d’euros en fin de parcours, selon l’Institut de l’économie pour le climat. Les investissements climat restent en sous-régime.
Le chiffre qu’on ne croisera pas
Santé publique France publiera le bilan de l’épisode d’août. Il sera en ligne, en accès libre, avec des tableaux par département, par classe d’âge, par cause. Il sera exact, rigoureux, incontestable. Et il ne sera croisé avec aucun autre chiffre.
Il ne sera pas rapproché du budget de l’adaptation climatique. Il ne sera pas comparé au coût des dégâts agricoles indemnisés. Il ne sera pas mis en regard des économies budgétaires annoncées. Chaque administration produit ses données, les publie, et les range.
5 764 décès en juin. Un chiffre à venir pour août. Et la seule certitude, c’est que personne ne fera l’addition.
Sources
- Qui sera épargné par la quatrième canicule ? Une seule région n’étouffera pas sous la chaleur - Les Numériques
- Canicules de 2026 en Europe — Wikipédia
- Alerte vigilance orange canicule : températures dangereusement élevées dans 80 départements ce 13 août 2026 – franceinfo
- Budget 2026 : un moteur des investissements climat toujours en sous-régime - I4CE
- Les canicules et les incendies menacent l’objectif de réduction du déficit en France
- Canicule : rôle et obligations des mairies en 2026