Le 21 août 2026, le parquet de Nîmes annonce la mise en examen pour assassinat de l’homme soupçonné d’avoir tué Sonia Bellina, dont le corps calciné a été retrouvé le 12 août à Saint-Gilles, dans le Gard. L’homme de 32 ans portait un bracelet anti-rapprochement depuis sa condamnation pour violences contre son ex-compagne. Le dispositif a aidé à l’identifier. Il n’a pas empêché le meurtre.

D’après le ministère de la Justice, 661 bracelets anti-rapprochement étaient actifs en France en novembre 2025. Depuis 2020, 3 700 victimes ont bénéficié de cette protection. Sur la seule année 2024, plus de 30 000 déclenchements de bracelet ont été enregistrés. Le dispositif fonctionne : il sonne, il alerte, il géolocalise. Et pourtant.

Le bracelet sonne, la mort passe

Reprenons la facture. En 2024, selon l’étude nationale sur les morts violentes au sein du couple publiée par le ministère de l’Intérieur, 138 personnes sont mortes dans un contexte conjugal, dont 107 femmes. C’est 19 victimes de plus qu’en 2023, soit une hausse de 16 %. En moyenne, un décès tous les trois jours. La même année, 403 tentatives d’homicides au sein du couple ont été recensées.

Le bracelet anti-rapprochement n’est pas un détail technique dans cette comptabilité. Il est l’aveu, par l’institution, qu’un homme présente un danger suffisant pour être géolocalisé en permanence. Et pourtant, le nombre de dispositifs actifs décroît : 983 au 1er février 2024, 770 au 1er février 2025, 661 en novembre 2025. Le ministère de la Justice commente que les parquets « se saisissent pleinement » de ces outils. Les chiffres disent autre chose : on en pose de moins en moins.

Ce que le bracelet ne remplace pas

Le bracelet anti-rapprochement repose sur une logique de distance. Il déclenche une alerte quand le porteur s’approche de la personne protégée. Mais l’alerte n’est pas une intervention. Dans l’affaire Bellina, le dispositif a servi après coup, comme outil d’enquête. C’est écrit. Le bracelet a aidé à identifier le suspect. Il n’a pas arrêté sa main.

Pendant ce temps, le téléphone grave danger, lui, progresse : 5 394 attributions début novembre 2025, contre 4 906 un an plus tôt, soit une hausse de 10 %. En 2024, 3 000 alarmes ont été déclenchées pour demander une intervention des forces de l’ordre. La différence est de taille : le téléphone est un appel à l’aide, le bracelet est une surveillance. L’un suppose une réponse rapide, l’autre une dissuasion. Les 138 morts de 2024 indiquent que la dissuasion a ses limites.

Qui paie, et pour qui

Le bracelet anti-rapprochement coûte. Chaque dispositif, chaque alerte, chaque intervention mobilise des agents, des plateformes de surveillance, des magistrats. Le contribuable finance un système qui, dans le cas de Sonia Bellina, a documenté un meurtre au lieu de le prévenir. La question n’est pas de supprimer l’outil. Elle est de savoir ce qu’on attend de lui.

Si l’objectif est de protéger, les chiffres de 2024 répondent : 107 femmes tuées, malgré les bracelets, malgré les téléphones, malgré les condamnations. Si l’objectif est de tracer, alors le dispositif fonctionne parfaitement. Le corps de Saint-Gilles a été identifié, le suspect localisé, la procédure avance. Mais la victime, elle, n’est plus là pour mesurer l’efficacité du système.

Le bracelet anti-rapprochement est un outil de gestion du risque, pas une garantie de sécurité. Les 30 000 déclenchements de 2024 prouvent qu’il alerte. Les 138 morts de la même année prouvent qu’alerter ne suffit pas. Entre les deux, il y a une femme de 29 ans, un corps brûlé dans les vignes, et un dispositif qui a parfaitement rempli sa fonction : il a dit où était l’homme. Trop tard.

Sources