Le 19 août 2026, la procureure de Nîmes confirme que le corps calciné découvert le 12 août à Saint-Gilles est celui de Sonia Bellina, 29 ans, influenceuse aux 250 000 abonnés. Deux hommes sont en garde à vue. L’affaire occupe les fils d’actualité, et c’est normal : une femme est morte, brûlée, dans des vignes.
Pendant ce temps, l’étude nationale sur les morts violentes au sein du couple, publiée par le ministère de l’Intérieur, recense 138 morts violentes au sein du couple en 2024, contre 119 l’année précédente. Soit 19 victimes de plus, +16 %. Sur ces 138 morts, 107 sont des femmes. Le document est disponible sur le site du ministère. C’est écrit.
Le décompte officiel existe, le mot n’existe pas
L’étude du ministère de l’Intérieur est précise. Elle dénombre 107 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2024, en hausse de 11 % par rapport à 2023. Elle recense aussi 31 hommes tués, 403 tentatives d’homicides au sein du couple, et précise que 90 % des faits ont été commis au domicile du couple de la victime ou de l’auteur. Quarante-neuf usages d’arme blanche, trente-quatre usages d’arme à feu. Un décès tous les trois jours, en moyenne.
Le mot « féminicide », lui, n’apparaît pas dans le code pénal. Ce n’est pas une infraction autonome. Le décompte officiel parle de « morts violentes au sein du couple », pas de féminicides. L’association #NousToutes, qui tient son propre décompte, le rappelle : l’État « ne distingue pas non plus les homicides des féminicides puisque le mot n’existe pas dans le code pénal ». Au 7 juin 2026, #NousToutes dénombrait 67 féminicides depuis le début de l’année. Un décès tous les deux jours.
Deux comptages, deux rythmes. L’un dit un décès tous les trois jours, l’autre un décès tous les deux jours. L’écart n’est pas une querelle de méthode : il tient à ce que l’État ne compte que les morts au sein du couple, quand les associations comptent aussi les femmes tuées hors du couple, dans l’espace public, par des inconnus, des proches, des clients. Le corps de Sonia Bellina, retrouvé dans des vignes, n’entre peut-être dans aucun des deux décomptes. On ne sait pas encore qui l’a tuée, ni pourquoi.
Ce que l’étude ne dit pas
L’étude nationale 2024 est un document de 30 pages. Elle détaille les circonstances, les armes, les lieux, les antécédents de violences.
L’étude dit ce que les services de police et de gendarmerie ont enregistré. Elle ne dit pas ce qu’ils n’ont pas enregistré. La différence entre les deux est précisément ce que les associations documentent, à leur manière, avec leurs propres moyens. Le décompte de #NousToutes n’est pas un rapport administratif : c’est un mur de noms, de dates, de circonstances, tenu à jour par des bénévoles. L’État publie une synthèse annuelle. Les associations publient un décompte en temps réel. Entre les deux, il y a des femmes qui meurent sans entrer dans les statistiques officielles.
Qui compte, et pour qui
Le 19 août 2026, la procureure de Nîmes communique sur une affaire. C’est le circuit normal de l’information : un fait divers, une victime, des suspects, une enquête. Mais derrière ce fait divers, il y a une réalité statistique que l’État publie lui-même : 138 morts violentes au sein du couple en 2024, 107 femmes tuées, un décès tous les trois jours. Et derrière cette réalité statistique, il y a une absence : le mot féminicide n’existe pas dans le code pénal, et le décompte officiel ne couvre qu’une partie des femmes tuées.
La question n’est pas de savoir si le mot féminicide doit entrer dans le code pénal. La question est de savoir pourquoi, en 2026, l’État français ne compte pas les femmes tuées parce qu’elles sont des femmes. Il compte les morts violentes au sein du couple. C’est déjà quelque chose. Mais ce n’est pas la même chose.
Sources
- Gard : Le corps calciné est bien celui de l’influenceuse Sonia Bellina, deux hommes en garde à vue
- Gard : le corps calciné retrouvé dans les vignes est celui de l’influenceuse Sonia Bellina, deux hommes en garde à vue | TF1 Info
- Sonia Bellina : le corps partiellement calciné retrouvé dans le Gard identifié comme celui de l’influenceuse de 29 ans
- Comprendre les chiffres - #NousToutes
- Les chiffres de référence sur les violences faites aux femmes | Arrêtons les violences
- Hausse des féminicides : la Fondation des Femmes et l’Union Nationale des Familles de Féminicides alertent - Fondation des femmes